C'est la saison des arbitrages. Voici les trois questions que je poserais avant de signer une ligne budgétaire IA pour 2027.
Un. Ce gain, il est à qui ?
McKinsey a interrogé 1 719 organisations entre mai et juin 2026. Le résultat mérite d'être lu deux fois.
80 % des répondants déclarent que l'intelligence artificielle a amélioré leur productivité individuelle. 37 % lui attribuent un effet sur le résultat d'exploitation de leur organisation. Et 6 % environ estiment que cet effet dépasse 5 % de leur EBIT.
L'écart n'est pas une contradiction. Il dit que le gain reste dans les mains de chacun et ne remonte pas au collectif. Chacun gagne vingt minutes, et l'entreprise ne gagne rien, parce que ces vingt minutes ne sont réinvesties nulle part en particulier.
La question à poser, ligne par ligne : ce que nous finançons ici produit-il un résultat mesurable au niveau de l'entreprise, ou une amélioration de confort individuel ?
Les deux sont légitimes. Ils ne se défendent pas devant un conseil avec les mêmes arguments.
Deux. Où prendrons-nous le dépassement ?
Une enquête menée en septembre 2026 auprès de 1 636 décideurs technologiques montre que 46,9 % des organisations dépassent leur budget IA, dont 11,3 % largement.
Le plus intéressant est ce qu'elles font ensuite. Parmi celles qui réallouent à l'intérieur du budget informatique, 60,9 % coupent d'abord chez les prestataires et consultants externes. Et 23 % vont chercher l'argent dans des budgets métiers, hors informatique.
Un piège explique une partie de ces dépassements. Le prix unitaire des modèles s'effondre, d'un facteur 9 à 900 par an selon les tâches. Mais la consommation par tâche explose avec le raisonnement et les agents. Le prix baisse, la facture monte.
La question à poser : si nous dépassons de 30 %, où prenons-nous l'argent, et qui l'a validé d'avance ?
Trois. Que nous impose vraiment la réglementation en 2027 ?
Moins que ce que l'on entend.
Le règlement 2026/1744, entré en vigueur le 27 juillet 2026, a reporté les obligations européennes applicables aux systèmes à haut risque au 2 décembre 2027 pour ceux de l'annexe III, et au 2 août 2028 pour ceux intégrés à des produits réglementés. En Suisse, la consultation sur un futur cadre n'est attendue que fin 2026, pour une entrée en vigueur difficilement envisageable avant 2028.
Ce qui s'applique déjà, en revanche, ce sont les obligations de transparence, depuis le 2 août 2026. Dire à quelqu'un qu'il parle à une machine, marquer les contenus générés.
La question à poser : combien de notre budget conformité 2027 finance une échéance qui a bougé, et combien finance une obligation en vigueur aujourd'hui ?
Le test qui résume les trois
Une enquête menée début 2026 auprès de 2 360 cadres a posé la question suivante : que ferez-vous si vos investissements en IA ne produisent pas l'impact financier attendu dans les douze mois ?
6 % répondent qu'ils réduiront. 70 % resteront sur leur trajectoire, 24 % augmenteront les moyens.
Un budget que personne n'envisage de couper, quel que soit le résultat, n'est pas un budget. C'est une conviction.
Une dernière question, donc, à poser autour de la table. À quel résultat, chiffré et daté, accepteriez-vous de renoncer à cette ligne ?
Sources
- McKinsey, The State of AI in 2026: On the road to ROI, août 2026, 1 719 participants, terrain de mai à juin 2026
- The Futurum Group, enquête mondiale auprès de 1 636 décideurs technologiques, communiqué du 10 septembre 2026
- Epoch AI, analyse de l'évolution des prix d'inférence des modèles de langage
- Règlement (UE) 2026/1744 du 24 juillet 2026, report des obligations applicables aux systèmes à haut risque
- Conseil fédéral, décision du 12 février 2025 sur l'approche suisse en matière de réglementation de l'intelligence artificielle
- Boston Consulting Group, AI Radar 2026, janvier 2026, 2 360 cadres dirigeants
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